RoseSelavy

17 mai 2012

Amérique - 1 - Le chant du bourreau de Norman Mailer (Pavillons Poche Robert Laffont)

Bourreau

Quoi que l’on fasse, on revient toujours à ses fondamentaux. Ici, l’Amérique et sa littérature. Depuis quelques années, je cherchais Le chant du bourreau qui n’était plus édité depuis longtemps. Et puis voilà, un jour, le miracle arrive à la librairie du coin tandis qu’Un long silence s’achève. Le chant du bourreau de Norman Mailer n’est certes pas une nouveauté mais quel livre magistral sur l’Amérique. D’un fait divers hors norme, Mailer extrait le sang, le pus, ce que l’on cache. A l’opposé du De sang froid de Truman Capote qui glace le sang mais dont l’écriture garde le vernis mondain propre à l’auteur, Mailer plonge corps et âme dans cette histoire folle pleine de sang, de sexe, de fureur, de cris. En 1976, Gary Gilmore, 36 ans, tue de sang froid deux jeunes hommes mariés et père de famille. Il a déjà passé plus de la moitié de sa vie en prison. Enfermé à 13 ans dans un centre de rééducation, il en ressort pour s’enfoncer encore plus dans la délinquance. Dans plus de 1 500 pages que l’on ne peut lâcher tant la tension va crescendo, Mailer raconte donc ce crime et ce qui a suivi. Condamné à mort dans un Etat qui n’applique plus cette peine, Gilmore va tout mettre en œuvre pour que la sentence soit appliquée. Et par là, déclencher une formidable tempête médiatique et juridique aux Etats-Unis comme dans d’autres pays. L’histoire peut se séparer en deux temps comme le titre du beau film de Douglas Sirk : celui d’avant les crimes, le temps de l’amour et celui d’après, le temps de mourir. L’histoire d’amour est à la fois fascinante et répulsive qui met en scène deux êtres fragiles et cabossés. Mailer glisse dans son texte les lettres des amoureux, des textes pleins de poésie.
La seconde partie est un véritable thriller juridique, haletant, ponctué de rebondissements, de coups de théâtre avec d’innombrables avocats tantôt nuls, tantôt épuisés, un procureur inflexible, un directeur de prison sensible, des associations contre la peine de mort, des journalistes charognards ; chacun a un avis sur la question, le tout en terre mormone. Ce qui n’est pas rien. La peine de mort, les longues peines de prison, l’enfermement des jeunes délinquants, la place des journalistes autant de sujets de réflexion pour le lecteur. Pourtant Mailer ne s’arrête pas à poser telle ou telle question : il avance à sa manière, celle d’un ogre. L’un des personnages-clé du roman peut se permettre quelques états d’âme : Lawrence Schiller. On peut croire que ce livre existe grâce à ses interviews et aux liens tissés avec les principaux protagonistes de l’histoire. Il y a enfin, le personnage central, Gary Gilmore, fascinant parce que mystérieux… comme la majorité des êtres humains. Très intelligent, cultivé, l’amoureux de Nicole est aussi un être violent, probablement brisé par les années d’enfermement et une enfance sombre. Dont il ne parlera que pour dire du bien de sa mère, Bessie. Quelques années plus tard, son plus jeune frère se chargera du portrait de leurs parents et racontera ses souvenirs d’enfance dans Un long silence.
Le chant du bourreau est une grande lecture, de celle qui vous marque définitivement.

 

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07 mars 2012

La répétition d’Eleanor Catton (Denoël)

La répétitionEt un roman sur les ados, un ! Serait-ce que je retombasse vingt ans en arrière ? Ou que je revive ces instants merveilleux (appareil dentaire, pieds en dedans, enfer des boums, les garçons c’est nul, hormones en ébullition) par procuration ? Va savoir.
Attention quand même : ce roman n’a rien à voir avec celui de Marie D. précédemment chroniqué. D’un côté le charnel, de l’autre, le cérébral. C’est un peu lapidaire mais je développe, patience. Il s’agit donc du premier roman d’Eleanor Catton, écrivaine néo-zélandaise. Le point de départ est simple : une liaison entre une étudiante et un professeur. Le traitement l’est moins puisque l’auteur ne choisit pas de raconter l’histoire de façon linéaire. Elle se glisse dans l’imaginaire de ses créatures et nous raconte donc plusieurs histoires, toutes fantasmées, toutes réelles. On sait peu de choses de la jeune fille. Ce sont les autres qui parlent d’elle et pour elle. On ne saura donc pas vraiment quelle était cette histoire avec le professeur même si on peut supposer qu’il était question d’amour. Lire Catton après Darrieussecq si charnelle, si crue dans ses propos, si troublante dans sa perception de l’adolescence, est un peu déroutant. Comme passer d’une lumière très vive à un ciel cotonneux. D’une ligne droite à des méandres interminables. On se perd parfois. Mais c’est une vision de l’adolescence qui touche : une période difficilement compréhensible pour ceux qui la vivent et ceux qui regardent. Deux femmes, deux continents, une même justesse.

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Je serai président de Robert Schneider (Perrin)

PrésidentEnfance et jeunesse des six chefs d’Etat de la Ve République. Trop court ! C’est ce que j’ai ressenti en fermant le livre. C’est un beau sujet, bien traité, avec deux silhouettes qui se détachent : de Gaulle et Mitterrand. Chirac, Giscard et Sarkozy sont un peu expédiés mais, c’est cruel à dire, ils ne sont pas les plus passionnants. Pour Pompidou, c’est un peu différent. Comme si l’on redécouvrait une figure oubliée. Un esprit brillant doublé d’une forte personnalité. Etonnant que sa présidence ait laissé si peu de souvenirs… mais ne souhaitait-il pas lui-même, un septennat paisible ?
Evidemment, la période est propice à ce genre de lecture. Pourtant, en n’abordant pas frontalement le sujet politique mais en choisissant un biais plus intime, Robert Schneider, grand journaliste, sort des sentiers battus et réussit à nous passionner. L’écriture est fluide, la lecture aisée. On prend plaisir à découvrir l’enfance de ses hommes. Et l’on sourit des points communs entre de De Gaulle et Mitterrand : le catholicisme, les racines provinciales, le rapport à la mère, le goût de l’écriture, la conscience, très tôt, d’avoir un destin français.
Quid de Giscard, Chirac et Sarkozy ? Leurs figures sont bien moins romanesques pour être tout à fait aussi riches que leurs illustres prédécesseurs qui, peut-être par cette lenteur de leur destin (que d’attente pour enfin s’accomplir !), apparaissent davantage comme des héros du 19ème siècle. Les trois suivants sont bien ancrés dans un siècle pressé où tout va de plus en plus vite. Eloge de la lenteur ? Peut-être bien…

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Babelio.

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19 octobre 2011

Clèves de Marie Darrieussecq (POL)

Clèves

Parfois les 4èmes de couv. sont nulles. Soit elles en disent trop, soit on se demande qui les a rédigées et s’il/elle a réellement lu le livre. Pour celui-ci, deux lignes. Solange se demande s’il vaut mieux le faire avec celui-ci ou avec celui-là. Et c’est très bien. Oh, la, la, j’en vois déjà qui soupire, ricane, refuse d’emblée. Ce serait dommage car si cette simple phrase en dit beaucoup sur la teneur du roman, elle n’en est qu’un écho. Il faut se plonger dans le quotidien de cette adolescente que Marie Darrieussecq décrit de manière très crue et très puissante. Réelle oui mais qu’importe, il s’agit de la réalité du roman pas de la vie. Peut-être que Clèves est l’histoire d’une princesse moderne et pas le nom d’un village français… « Ce qui restera au bout du bout, c’est les cafards. Leur carapace est un abri antiatomique. Ils peuvent survivre sans eau et sans manger. La planète sera peuplée de cafards qui ramperont dans un désert. Et tu sais quoi ? Ca ne changera pas grand-chose ». On le sait depuis Truismes, l’écriture de Darrieussecq est organique. Elle épouse littéralement les questionnements adolescents dont il est ici question : le corps, ses changements, ses fluides, la sexualité dans ce qu’elle a de plus brute puisque ce sont les débuts. Elle instaure d’emblée le malaise par la figure d’un voisin très présent, beaucoup trop on le verra. Mais sans porter de jugement et c’est sa force car au lieu de condamner bêtement, elle nous fait réfléchir sur un sujet (ô combien !) sensible et, de fait, se place loin, très loin du fait divers. Un roman fort et perturbant, remarquablement écrit. Quoi d’autre ?

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16 octobre 2011

Du domaine des Murmures de Carole Martinez (Gallimard)

Murmures

Il paraît que le premier roman de Carole Martinez, Le cœur cousu, est très bien. Je ne sais pas, ne l’ayant pas lu. A cette époque, le succès du roman m’avait agacée (l’effet Elégance du hérisson, autre roman porté aux nues par la critique et le public et que franchement… bon, bref), j’avais préféré me tourner vers d’autres lectures. Et puis, je n’aime toujours pas ce titre.
Mais c’est pleinement confiante que j’ai abordé le second : j’en avais très envie et j’aime le titre. Tout va bien donc. Et bien, oui, tout va bien car ce roman, je l’ai beaucoup aimé. Le sujet déjà est au-delà des modes puisqu’il nous plonge en plein Moyen Age et en restitue tout le bruit et la fureur par la voix d’une jeune fille qui décide de se soustraire au monde. Elle est un fantôme qui nous raconte son histoire à travers les siècles et, mystérieusement, magie du talent de l’auteur, je ne sais, les correspondances avec notre époque sont troublantes. Par Esclarmonde, l’héroïne, jeune fille dont le destin nous interroge sur le « devenir femme » et qui trouve un écho dans Clèves de Marie Darrieussecq, paru également en cette rentrée littéraire.
Violence, chair et sang, barbarie mais aussi foi, croyances et légendes composent une symphonie sidérante qui nous secoue puis nous rattrape en quelques mesures apaisées. Les personnages existent magnifiquement : ils sont nos semblables, ni purs, ni impurs mais fragiles comme prêts à se rompre et devenir des fantômes d’eux-mêmes. Les pages consacrées aux Croisades sont parmi les plus belles que j’ai lues récemment. Carole Martinez glisse de la magie et de la grâce dans la pire des noirceurs. Ces Murmures-là nous suivent longtemps…

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14 octobre 2011

Limonov d’Emmanuel Carrère (POL)

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Impatience. Le thème, l’auteur, l’éditeur, tout me faisait envie. Je n’ai pas été déçue.
Ce n’est pas une biographie, c’est un roman sur une personnalité vivante. En même temps, c’est bien français, ça, de vouloir mettre dans une case avec une étiquette dessus. Reprenons. Il s’agit donc de l’histoire d’une vie, celle de Limonov qui ne s’appelle pas Limonov en vrai mais chut….
Comme l’auteur c’est Emmanuel Carrère, on sait qu’il va aussi nous parler de lui et on se doute qu’avec cet homme, Carrère touche à des thèmes qui lui sont chers. La presse a beaucoup parlé du livre à travers son héros. Moins de l’écriture. Certes une vie qui traverse l’Histoire de la Russie en faisant des décrochés par New-York et Paris, une vie de voyou, d’écrivain, d’amoureux, de politique, c’est fascinant. La particularité de Carrère est d’être toujours présent dans son récit. Contrairement à la majorité des auteurs, il est physiquement là. C’est un peu sa marque de fabrique. C’était vrai pour L’adversaire, pour D’autres vies que la mienne... Il nous donne son point de vue, commente. Mais ce n’est jamais vain puisque pour chacun des livres cités, il est lié à l’histoire d’une manière ou d’une autre. C’est un style très journalistique mais dans ce qu’il a de meilleur. Dans la lignée des grands reportages écrits. Ce n’est pas un hasard si le point de départ du roman est un reportage destiné à la revue XXI. C’est un peu idiot je sais mais en le lisant je me posais la question « Est-ce de la littérature ? », ce n’était pas péjoratif, j’aime beaucoup ce qu’écrit Carrère. Evidemment c’est de la littérature. Mais pas de la littérature de salon. Je suis donc contente qu’il ne soit plus dans la course pour le Goncourt. Il n’a pas besoin de cela pour nous captiver. Par contre, il y a toujours Foenkinos dans la liste. Voilà, voilà.

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09 septembre 2011

Un été qui s’achève

Un poil à la traîne puisque la rentrée littéraire bat son plein et que figurent déjà entre mes mains le Limonov d’Emmanuel Carrère et, sur ma table, Clèves de Marie Darrieussecq. Et beaucoup d’autres envies de lecture pour tenir au moins jusqu’à la fin de l’année. Petit retour sur des lectures d’été qui méritent le détour… ou non.

Mother India

Mother India de Manil Suri (LDP)

Livre passionnant car conçu autour d’une héroïne complexe et de personnages secondaires tout aussi étoffés. L’histoire nous plonge au cœur de la société indienne et de son évolution, des années 50 aux années 80, autant dire du Moyen Age aux nouvelles technologies. L’auteur brosse une vision dérangeante de la maternité, plutôt de la conception de celle-ci, à travers les relations de Mîra et de son fils. Mais il est aussi question des rapports femmes/hommes qu’ils soient mari ou père, du désir et de la sexualité. C’est beau et violent, profondément troublant. Un livre qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Un bon point donc.

 

 

 

 

 

Le sari rose

Le sari rose de Javier Moro (Points)

J’ai poursuivi sur ma lancée indienne. Le sari rose est ce que l’on pourrait appeler une biographie non autorisée de Sonia Gandhi, épouse et veuve de Rajiv, petit-fils de Nehru et fils d’Indira. Autant dire que 60 ans d’histoire indienne défilent sous nos yeux. L’histoire de Sonia Gandhi est sinon incroyable, au moins relativement folle : étudiante à Cambridge, elle tombe amoureuse de Rajiv. Elle, la petite-fille de paysans italiens, devient la belle-fille d’une des femmes les plus puissantes du monde et est aujourd’hui à la tête du Parti du Congrès, le parti historique de Gandhi et Nehru. On a vu des histoires plus banales… Lady Di à côté, pardonnez-moi, mais c’est un cupcake ! L’Histoire tout d’abord : l’Inde, ses religions, ses millions d’habitants, ses dirigeants hautement charismatiques, son développement incroyable. La saga des Gandhi, ensuite, tout aussi démesurée. Un véritable opéra avec des batailles, des cris, des héros et des morts. Du sang et des larmes. Et puis Sonia.
Sous des airs de jeune fille sage et bien élevée, Sonia est une femme amoureuse, certes, mais aussi intelligente : oui, belle-fille d’Indira et femme de Rajiv, elle prépare des petits plats, compose des bouquets de fleurs et élève ses deux enfants. Mais, surtout, elle écoute, observe, apprends. Et enregistre. Regardez où elle en est aujourd’hui et vous comprendrez. Personnellement, j’ai passé de belles heures en sa compagnie.

 

Tokyo année 0

Tokyo Année Zéro de David Peace (Rivages Noir)

Je ne suis pas objective avec David Peace, je vous le dis. C’est MON auteur « noir » préféré. Peace, c’est de l’espresso ristretto. Ni doux, ni sucré. C’est noir, fort, amer. Hypnotique aussi. Pour ceux qui connaissent ces monuments que sont 1974, 1977, 1980  et 1983, Tokyo Année Zéro s’inscrit dans cette même veine même si Peace quitte l’Angleterre pour le Japon de l’après-guerre. Le titre fait écho à l’Allemagne Année Zéro de Rossellini. Et c’est la même désolation : destruction, famine, maladies, corruption. Les bombes sont tombées, les humains sont des loques. Les souvenirs atroces hantent les vivants. Mais un tueur en série rôde. Et l’inspecteur Minami, ange destructeur et détruit, enquête. C’est un long poème en prose que nous offre Peace ; nous, lecteurs, dans la tête et le corps de Minami, au cœur de la souffrance et du cauchemar. Tuant.

 

 

 

Nietzsche a pleuré

Et Nietzsche a pleuré d’Irvin Yalom (LDP)

Parce que j’aime bien La griffe noire, célèbre librairie sise à St Maur, près de Paris, et que je leur dois de belles découvertes, j’ai lu Et Nietzsche a pleuré. Bon, cela arrive que l’on ne soit pas d’accord, c’est même plutôt sympa car cela permet les échanges et le débat. Et que l’on peut parfois changer d’avis et voir les choses autrement. Mais là, j’avoue… Sur le papier, Venise et Vienne au XIXème siècle, la psychanalyse, Freud débutant, le célèbre philosophe et Lou Andreas Salomé, tout cela était excitant. Il paraît que c’est drôle. Ah, ah, ah. Devais pas être d’humeur joyeuse. Bref, ce livre m’a ennuyé. Rien de grave.

 

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22 juillet 2011

Laissez tomber les gondoles

Et en vacances, je fais quoi ? Ben, tu lis ! Cette question… Et pas n’importe quoi, non plus ! Un cerveau en vacances, c’est un cerveau plus ouvert, plus disponible, capable d’analyser, de décrypter, de savourer. On se lâche donc et on prend du bon. On se fait plaisir dans la haute couture livresque et le prêt-à-porter de choix. La différence entre le chiffon et le papier ? C’est le même prix. Ah, ah, ah. Autant opter pour les petites mains en or des auteurs, les vrai(es), les pur(es), les tatoué(es).
Voici donc quelques idées. Promis, c’est rien que du plaisir.

Les polars

Avant d'aller dormirAvant d’aller dormir de S.J. Watson (Sonatine)

Une femme qui s’endort chaque soir et qui se réveille chaque matin en ayant tout oublié de la veille et de sa vie d’avant. Pour se souvenir, elle tient donc un journal… L’amnésie est un sujet en or pour un auteur (je pense notamment au film Memento dans lequel le héros se tatouait ses souvenirs sur la peau…) : quand c’est tortueux à souhait le lecteur lui-même ne s’est plus trop où il en est. Laissez-vous manipuler, en littérature, cela peut-être jouissif !

 

 

 

 

 

 

 

Tijuana StraitsTijuana Straits (Sonatine)

J’ai déjà dit tout le bien que je pense de ce livre et de son auteur. C'est bien plus qu'un polar. Tout comme le Pied au Paradis de Ron Rash qui vient de sortir en poche. Kem Nunn brasse avec un immense talent environnement, immigration et survie.

 

 

 

 

 

 

 

 

EtéEté de Mons Kallentoft (Le serpent à plumes)

 

A lire, juste pour se faire du mal : c'est la canicule... en Suède ! A part cela, des filles se font assassiner, la flic en chef picole sec et partage bon nombre de préjugés avec ses collègues masculins. Ce qui va leur coûter cher. Un portrait presque social de la police suédoise et de la société, qui fait de Kallentoft un cousin trash de Mankell.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

WallanderL'homme inquie

La dernière balade de Wallander ? Il paraît. Dommage, je l'aimais, moi. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes trois classiques sans âge, indémodables

Bastille TangoBastille Tango de Jean-François Vilar (Babel Noir)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

OrpailleursLes orpailleurs de Thierry Jonquet (Série Noire)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du passéDu passé faisons table rase de Thierry Jonquet (Babel Noir)

Ils sont vieux ces exemplaires, un peu jaunis, un peu tordus. Je crois même que le prix est encore en francs, c'est dire. Mais dedans, c'est nickel. Y'a pas une ride. Comme quoi les vrais auteurs, c'est mieux que le Botox.

05 juillet 2011

La Faculté des rêves de Sara Stridsberg (Le Livre de Poche)

La Faculté des Rêves

Etrange livre que celui-là. Sara Stridsberg se glisse dans la peau de Valérie Solanas, féministe radicale, qui tenta d’assassiner Andy Warhol en 1968. La peau qu’elle habite… Il s’agit réellement de cela tant la voix de Valérie résonne au plus profond de nous par la grâce d’une écriture hypnotique. Lire ce livre est une expérience sensorielle et intellectuelle. Expérience qui nous emmène loin dans l’imaginaire de l’auteur. Les chapitres alternent l’hier et l’aujourd’hui : un montage qui nous propose des séquences de l’enfance de Valérie, dans une caravane posée au cœur d’un désert, près d’une mère fragile et fascinante ; mais qui montre également l’hôpital psychiatrique où Valérie échoue après l’assassinat raté d’Andy et l’hôtel sordide du Tenderloin où elle finit ses jours. Où elle crève comme une chienne.
Avant la fin, Valérie rédige son SCUM Manifesto, écrit radical, absolu et violent contre les hommes. Elle tombe amoureuse de Cosmogirl et ses parenthèses sont comme des bulles de douceur dans une vie de colère et de coups. Valérie Solanas, avant de mourir, était brillante, douée, promise au meilleur. Elle n’eut rien ou si peu, quelques poussières de reconnaissance. La Faculté des rêves est un livre qui me poursuit encore, plusieurs mois après sa lecture. Il ne laisse pas tranquille, remue, secoue. C’est ce qui en fait le prix.

12 juin 2011

D’acier de Silvia Avallone (Liana Levi)

D'acierDans un article consacré à Maurice Nadeau, je lisais récemment que ce qui l’intéresse lorsqu’il ouvre un livre, c’est d’entendre une voix. De sentir que quelqu’un existe derrière l’histoire, le style, les mots. Bref, de rencontrer un écrivain.
Je crois bien qu’avec Silvia Avallone, j’ai rencontré un écrivain. C’est un premier livre et c’est une sacré claque. Elle nous raconte une histoire simple avec des gens simples, comme vous et moi. Peut-être un peu plus sur la marge… C’est l’Italie, la Toscane, face à l’île d’Elbe, une petite ville sidérurgique jadis florissante aujourd’hui appauvrie, un monde ouvrier avec ses jeunes qui travaillent dur ou pas, flambent, fument, roulent vite et des mécaniques, arrondissent les fins de mois comme ils peuvent. Pas légalement donc. C’est l’histoire de femmes plus ou moins jeunes, travailleuses ou au foyer, courageuses face à leurs hommes violents, menteurs, abrutis parfois. C’est une cité délabrée où les petites-filles font pipi sur le palier. En bord de mer même si celle-ci n’a pas les plus belles plages, réservées aux touristes de l’Isola d’Elba. Au cœur du roman, deux lumières, deux belles adolescentes de 13 ans. Toutes deux rêvent de s’enfuir, loin. L’une pour étudier, devenir, juge, avocate, députée. L’autre, Miss Italia. Au moins. En attendant, elles jouent. De leur beauté, de leur jeunesse, des sentiments des garçons. Insouciantes et cruelles. Emouvantes car elles ne savent pas encore que tout cela ne durera pas. « Profitez ! », a-t-on envie de leur dire. L’histoire est portée par une écriture magnifique, pleine de sensualité. Même dans sa description des hauts fourneaux où se fabrique l’acier du titre.
L’auteur porte un regard d’une infinie tendresse sur ses personnages qui nous deviennent extrêmement proches. Elle restitue avec beaucoup d’empathie les tourments de l’adolescence, accentués pour ses héroïnes par des problèmes qui ne devraient pas les toucher si… Dès le départ, on sent la tragédie qui pointe. Elle frappe tardivement quand on ne s’y attend pas et nous touche au cœur.
On se demande à la fin à quoi correspond ce « d’acier » : à la vie, au cœur ?
Chacun en décidera.

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