Ce livre est une belle découverte. Il s’agit du deuxième livre de Dana Spiotta après un premier déjà remarqué paraît-il.  « Lightning Field », publié aux éditions de l’Aube sous le titre avantageux de « Elles à L.A ». On se demande à quoi songent les traducteurs parfois…
Eat the document (titre parfait, suffisamment ambigüe pour que l’on s’interroge longtemps sur sa signification) raconte l’histoire d’une femme, de deux hommes et de quelques adolescents. Tous sont plus ou moins liés et le lecteur le découvre au fur et à mesure. Ce livre raconte surtout les combats d’une génération, celle des années 70, face à une autre génération, celle de ses enfants. Des enfants se cherchant des combats pour tenter d’exister tant bien que mal ou entrant de sang froid dans le cynisme de l’économie de marché.
Face à eux, des adultes englués dans leurs mensonges ou traumatisés par une guerre qu’ils n’ont pas faite. LA guerre hautement traumatisante des Américains : elle va jusqu’à tuer celui qui ne la pas faite mais qu’elle hante nuit et jour. Ce roman parle en creux de la société américaine d’aujourd’hui : de sa hantise du mensonge, née d’un si fort sentiment collectif de culpabilité, de ce besoin névrotique de moralité, de la nécessité du pardon et de la volonté d’expier. Ce n’est pas un roman réjouissant dont on aime les personnages. Ils ne sont pas sympathiques, ne déclenchent pas de phénomène d’empathie ou d’identification quelconque. C’est pourtant ce qui fait la valeur de ce livre. L’auteur n’utilise pas de recette facile pour séduire son lecteur. Elle nous met face à la société d’aujourd’hui. Point. En ce sens, ce n'est pas un livre aimable. Mais recommandable. Oui, alors !