Voici un premier roman qui m’a emballée et après des lectures un peu sombres (Sukkwan Island ou le Colin Harrison en 10/18), c’est une vraie bouffée d’air, par forcément frais mais… de l’air, quoi ! On respire dans le livre de Gaëlle Bantegnie. Elle nous raconte quelques années dans la vie de Claire, adolescente de 13 ans au début du roman, et de Patrick, jeune adulte, VRP plus que souvent en goguette. On suit son héroïne au collège puis au lycée. On découvre avec elle sa nouvelle maison, un pavillon sis à Rezè-lès-Nantes, ses crises d’ado, ses vacances chez sa mémé en Bretagne et la vie va jusqu’au bac qu’elle obtient. Sans mention.
Quant à Patrick, un drôle de phénomène, dragueur impénitent à moustache qu’il finit par raser après s’être fait traiter de ringard par sa copine Nadine. Patrick aime danser, faire la fête, coucher avec ses clientes mais c’est Nadine, coiffeuse boudeuse de son état, et ses bottes de cow-boy blanches qui le font chavirer.
Pourquoi se roman touche-t-il autant ?
Parce qu’il sonne juste. Il pourrait presque être un précis de sociologie qui aurait du cœur. Chaque personnage est de chair, ils nous parlent immédiatement, ils sont vrais. Claire, c’est nous ou notre grande/petite sœur ; les parents ? Les nôtres. Les copines, on les connaît toutes ! Les premiers rancarts foireux avec des mecs tout aussi foireux ou trop trop bien, idem.
Parce que l’écriture est tout aussi soignée. Gaëlle Bantegnie ne se perd pas en circonvolutions inutiles. Elle nous raconte une histoire qui pourrait tout à fait être orale, d’une limpidité totale. Et puis, de temps à autre, d’une phrase courte, elle nous emmène dans le futur d’un des personnages. Elle nous dit ce qu’il sera ou ce qu’il fera plus tard. Des petits riens, comme cela, placés en plein cœur d’un paragraphe, qui font mouche à chaque fois et nous rendent ses héros encore plus proche.
Parce qu’il se passe dans les années 80. Alors oui, l’auteur cite des marques, parle d’objets qui, pour les ex-ados de ces années-là, parleront certainement et auront peut-être une saveur nostalgique. Je fais partie des ces ex-ados et j’avoue que la nostalgie très peu pour moi. Ces détails du quotidien font partie de la petite musique qui permet au livre de sonner juste (voir plus haut…). Mais choisir les années 80, époque charnière où les idéaux de mai 68, magnifiquement représentés par le père de Claire, Hervé, ont définitivement été enterrés au profit d’un individualisme et d’une consommation effrénée est tout simplement génial. Elle ne nous raconte pas qu’une génération, celle des quadras d’aujourd’hui, mais comment nous en sommes arrivés à cette société-là. Lisez Gaëlle Bantegnie. C’est un livre qui se lit vite comme on peut lire Sagan (c’est un compliment, je précise, au cas où...) Et que l’on a envie de reprendre, de relire. Pour tout recommencer. Parce que l’on a peut-être oublié quelque chose.