Tony Judt, décédé cet été aux Etats-Unis, était un historien britannique, spécialiste de l’histoire européenne. Cet ouvrage est un recueil d’articles parus principalement dans les revues The New York Review of Books et The New Republic. Comment tirer les leçons des combats idéologiques du XXe siècle pour mieux appréhender le suivant ? Quels enseignements peuvent apporter l’analyse de la pensée de figures intellectuelles tels que Arthur Koestler, Hannah Arendt, Camus ou Kolakowski et qu’en reste-t-il aujourd’hui ?
Les essais sont classés en quatre chapitres. Les deux premiers sont donc consacrés à l’analyse de la pensée et du parcours d’un intellectuel ou d’une figure historique emblématique (tel Jean-Paul II). Les seconds sont des analyses d’évènements ou de situations dont la plupart sont consacrées à l’Europe.
Tony Judt a une immense qualité pour le lecteur profane : une écriture limpide au service d’une pensée extrêmement claire et structurée, une voix qui n’est pas langue de bois. En quelques pages, il redonne une belle place à Camus en égratignant sévèrement Sartre au passage, dézingue Althusser (et quelques uns de ses disciples…) dans une analyse implacable de sa pensée. « La contribution d’Althusser fut d’arracher le marxisme au champ de l’histoire, de la politique et de l’expérience, pour le rendre invulnérable à toute espèce de critique empirique ».
Nul obligation à lire ces articles dans l’ordre : on peut choisir en fonction des ses envies. Chacun des thèmes abordés par Judt trouve un écho dans l’actualité du monde. Ces textes donnent matière à réflexion, nous interrogent, nous bousculent peut-être ; nous font prendre conscience de ce que l’on nous a laissé en héritage, des pensées et des combats d’envergure. Comme le dit justement la 4ème de couv’ : c’est «… une pensée qui ouvre des perspectives ».
Chouette idée cadeau (je sais que Noël est encore loin mais bon…) pour un amateur d’histoire.

Deux ou trois chose lues. Sur Primo Levi : « Où certains ont essayé de tirer un sens de l’Holocauste, et d’autres ont nié qu’il y en ait un, Levi est plus subtil. D’un côté, il ne voyait pas de « sens » spécial aux camps, pas de leçon à retenir, pas de morale à tirer. L’idée, suggérée par un ami, qu’il aurait survécu pour quelque fin transcendantale, qu’il avait été « élu » pour témoigner, le révoltait. L’idée romantique que souffrir ennoblit, que le caractère extrême de l’expérience du camp éclaire l’expérience quotidienne en la dépouillant de toute illusion et de toute convention, le frappa comme une obscénité creuse… ». Sur Camus : « La lucidité et le courage moral de Camus continuent de briller aujourd’hui comme la chose n’était pas possible dans le monde polarisé de 1958… »
Au hasard et pour finir : « Comme le disait Milan Kundera, le souvenir est une forme d’oubli, et l’historien a tout au moins la responsabilité de corriger les distorsions mémorielles. »

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