Je l’ai beaucoup lu Philippe Djian. Et puis j’ai arrêté sans raison particulière. Djian, je l’ai vraiment adopté tout de suite, c’était une évidence. Il écrivait comme personne avant lui. C’était dans les années 80. 37°2 le matin fut une véritable claque. Le film aussi à l’époque, j’étais jeune, je ne suis pas certaine qu’il ait survécu à l’esthétique pub de ces années-là. Djian introduisait l’Amérique et ce qu’elle a de meilleur (ses artistes, son espace) dans un milieu littéraire assez plat. Il y avait un ton, une atmosphère qui m’emballaient. Bref, je l’aimais. Comme dirait AG.
C’est donc avec un enthousiasme digne d’un animateur tivi devant sa première farine que j’ai plongé avec ces impardonnables. Et j’ai bien fait. Et qu’est-ce qu’il m’a manqué. C’est du Djian de la meilleure cuvée. Son héros est un écrivain de 60 ans veuf et en deuil de sa fille aînée. Remarié, installé au Pays basque, il apprend soudain la disparition de sa seconde fille, actrice célèbre. Une intrigue simple, parfaite pour laisser couler les obsessions de Djian et ce qu’il raconte le mieux : l’écriture et la littérature, les hommes, les femmes, les enfants, la vie. L’écriture prend toute la place et pousse dans les coins femme et enfant ; elle est ce qui maintient le héros en vie et quand « rien ne vient », c’est l’horreur absolue. C’est un livre qui dit mieux que tout le pouvoir de l’écrit sur la vie, l’égoïsme fondamental de l’écrivain, son aveuglement, son impuissance à attraper l’instant aussi facilement que son stylo. C’est aussi un livre sur l’amour des livres et des écrivains. Mais on sait depuis longtemps que Djian est l’un des meilleurs pour rendre à Carver, Brautigan, Hemingway ici, et tant d’autres, tout ce qui lui ont donné. « Chaque fois que j’écoutais Banshee Beat d’Animal Collective, je prenais conscience que l’homme n’était pas simplement destiné à répandre la souffrance et la laideur sur le monde. Il pleuvait, il tombait des cordes, mais cette musique frôlait le miracle. Il y avait un moment où forcément l’on posait son verre et où l’on commençait à danser… »