La trilogie berlinoise de Philip Kerr (Le Livre de Poche)

Amateur de fresque historique mâtinée d’intrigue policière, ce livre est pour vous. L’édition de poche réunit les trois tomes (L’été de cristal, La pâle figure et Un requiem allemand), éditées à l’origine entre 1989 et 1991. Comme le titre l’indique, l’histoire se déroule en Allemagne, à Berlin, à partir de 1936 pour L’été de cristal, 1939 pour le second tome et, enfin, 1947 pour le dernier. Le héros est un détective privé, ancien membre de la police berlinoise au début de la série. A l’image des meilleurs détectives américains, Bernie Gunther est insolent, courageux et picole sec. Côté personnage, rien de nouveau sous le soleil. Ce qui fait tout le sel de ce livre est bien évidemment le lieu et la période. C’est également le problème. Les histoires se tiennent globalement même si l’abus de figure stylistique dans le tome 1, manie extrêmement pénible heureusement absente du reste de l’ouvrage, nuit gravement à la fluidité du récit. Pour tout dire, j’ai plus d’une fois manqué balancer le livre à travers la pièce ! Le problème est celui de transformer des personnages réels en personnages de fiction plus particulièrement quand ils s’appellent Goering, Himmler ou Heydrich. L’écueil étant, à travers une trame romanesque, de nous les rendre sympathiques. Ce n’est pas la première fois dans la littérature et ce n’est sûrement pas la dernière. On a vu les polémiques créées par Les bienveillantes ou Jan Karski. Alors oui, le romancier a le droit de s’emparer de la réalité, fait divers ou autre, et de la transformer par le biais de la narration. C’est le propre du roman d’être une distorsion du réel pour éclairer le monde. Mais présenter un homme tel que Arthur Nebe policier, membre du parti nazi dès 1931 (et commandant, entre autre, de l’Einsatzgruppe B, responsable de la mort de plusieurs milliers de civils juifs, impliqué dans le programme d’euthanasie des malades mentaux, etc.) de manière aussi ambigüe… Il est en effet le mentor et le protecteur de Gunther… Un personnage fictif aurait pu faire l’affaire. Utiliser des bourreaux tels que ceux précédemment cités, c’est, quelque part, les humaniser, les banaliser. C’est ce qui me gêne. On peut considérer que c’est un détail. Ou non.