Si vous ne deviez lire qu’un seul roman noir cette année, que ce soit celui-là. On pourrait même dire un seul roman tout court tellement les qualités abondent. Explications. L’écriture : magnifique, puissante, poétique « Dans l’atmosphère enfermée de ces chambres empreintes de tristesse, il eut l’impression d’être revenu au lieu de son propre commencement, et que, dans une certaine mesure, il était fait de ces choses et que toute la tristesse et l’obscurité qui allaient avec pénétraient encore dans les recoins de son cœur où la pensée et les sentiments dansaient un sabbat infernal. » Il s’agit d’un petit extrait mais les exemples abondent tant le style ne faiblit jamais. L’histoire : prenante car l’auteur imagine des personnages, de premier ou second plan, absolument fascinants même si parfois également abjects. Nous sommes à la frontière mexicano-américaine, dans la vallée de la Tijuana, en Basse-Californie. Côté Mexique, les usines étrangères, principalement américaines, se sont implantées en masse (les maquiladoras ou maquilas sont exonérées des droits de douane lorsqu’elles produisent ou transforment sur place des produits destinés à l’export) : la main d’œuvre y est bon marché, le droit du travail et les syndicats quasi inexistants et les normes environnementales peu exigeantes. Magdalena, jeune assistante juridique, s’intéresse aux maladies déclenchées par une pollution quotidienne de l’eau. De l’autre côté de la frontière, vit une ancienne légende du surf hantée par bien des démons. Leurs chemins vont se croiser sur fond d’immigration clandestine et de vagues mythiques. Ils auront à leur trousse le Mal en personne, trois visages pour une même horreur. J’ai toujours pensé que les meilleurs romans noirs étaient aussi politiques tout en tenant la simple dénonciation de faits à distance. C’est le cas avec Tijuana Straits. Laissez-vous emporter par une vague magistrale.

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