numérisation0002Ce qu’il y a de bien avec nos héros de papier préférés, c’est que l’on est toujours heureux de les retrouver. J’ai presque envie de dire que l’histoire, allez, on s’en fiche un peu… Ah, ah, ah, j’exagère évidemment parce que Patrick Kenzie et Angie Gennaro, sans les récits au cordeau du grand Lehane, n’existent évidemment pas. Pensées émues pour Un dernier verre avant la guerre, Gone baby gone et Prières pour la pluie… Bref, j’arrête d’écrire n’importe quoi moi : ILS sont de retour. Et ils ne sont pas en forme nos héros. Mariage, enfant, maison, plus de boulot, pas de fric. Lehane dézingue le couple mythique du polar pour en faire des gens ordinaires aux prises avec de vulgaires problèmes d’argent. Mais, miracle, Kenzie et Gennaro ne se sont pas installés à la campagne, ne font pas de fitness, ne fréquentent pas les lieux de culte. Angie, toujours magnifique, fume, boit du Coca, mange n’importe quoi pourvu que ce soit gras, et pour se défouler, tire sur des cibles dans un club. Et Boston est toujours leur lieu de vie privilégié. Si les précédents récits de Lehane les plongeaient dans des histoires glauques où leur morale était mise à mal, celui-ci diffère singulièrement. Les héros sont fatigués… Angie suit désormais des cours de sociologie et Kenzie est enquêteur privé en CDD. Comment boucler les fins de mois est leur principale préoccupation et lui attend avec impatience son embauche définitive. Une petite fille bouscule leurs jours et leurs nuits ce qui nous vaut une savoureuse tirade d’Angie sur le rôle de mère au foyer…
En faisant resurgir du passé quelques uns des protagonistes de Gone baby gone, Lehane met en scène une intrigue improbable (avec trafiquants de drogue et mafia russe) mais qui, au final, compte moins que ce qu’il nous dit de l’enfance, le fil rouge de son œuvre. Petite fille ou adolescente, les filles sont la lumière de ce livre. Eminemment manipulatrices sans être jamais malsaines, fortes et intelligentes même lorsque les mères ont quitté le navire. Bien plus malignes que les hommes. Certains trouveront ce livre moins percutant que les autres. Peut-être. Mais il serait étonnant que les aventures de Kenzie et Gennaro se poursuivent au-delà. Denis Lehane a bel et bien bouclé la boucle.