D'acierDans un article consacré à Maurice Nadeau, je lisais récemment que ce qui l’intéresse lorsqu’il ouvre un livre, c’est d’entendre une voix. De sentir que quelqu’un existe derrière l’histoire, le style, les mots. Bref, de rencontrer un écrivain.
Je crois bien qu’avec Silvia Avallone, j’ai rencontré un écrivain. C’est un premier livre et c’est une sacré claque. Elle nous raconte une histoire simple avec des gens simples, comme vous et moi. Peut-être un peu plus sur la marge… C’est l’Italie, la Toscane, face à l’île d’Elbe, une petite ville sidérurgique jadis florissante aujourd’hui appauvrie, un monde ouvrier avec ses jeunes qui travaillent dur ou pas, flambent, fument, roulent vite et des mécaniques, arrondissent les fins de mois comme ils peuvent. Pas légalement donc. C’est l’histoire de femmes plus ou moins jeunes, travailleuses ou au foyer, courageuses face à leurs hommes violents, menteurs, abrutis parfois. C’est une cité délabrée où les petites-filles font pipi sur le palier. En bord de mer même si celle-ci n’a pas les plus belles plages, réservées aux touristes de l’Isola d’Elba. Au cœur du roman, deux lumières, deux belles adolescentes de 13 ans. Toutes deux rêvent de s’enfuir, loin. L’une pour étudier, devenir, juge, avocate, députée. L’autre, Miss Italia. Au moins. En attendant, elles jouent. De leur beauté, de leur jeunesse, des sentiments des garçons. Insouciantes et cruelles. Emouvantes car elles ne savent pas encore que tout cela ne durera pas. « Profitez ! », a-t-on envie de leur dire. L’histoire est portée par une écriture magnifique, pleine de sensualité. Même dans sa description des hauts fourneaux où se fabrique l’acier du titre.
L’auteur porte un regard d’une infinie tendresse sur ses personnages qui nous deviennent extrêmement proches. Elle restitue avec beaucoup d’empathie les tourments de l’adolescence, accentués pour ses héroïnes par des problèmes qui ne devraient pas les toucher si… Dès le départ, on sent la tragédie qui pointe. Elle frappe tardivement quand on ne s’y attend pas et nous touche au cœur.
On se demande à la fin à quoi correspond ce « d’acier » : à la vie, au cœur ?
Chacun en décidera.