Un poil à la traîne puisque la rentrée littéraire bat son plein et que figurent déjà entre mes mains le Limonov d’Emmanuel Carrère et, sur ma table, Clèves de Marie Darrieussecq. Et beaucoup d’autres envies de lecture pour tenir au moins jusqu’à la fin de l’année. Petit retour sur des lectures d’été qui méritent le détour… ou non.

Mother India

Mother India de Manil Suri (LDP)

Livre passionnant car conçu autour d’une héroïne complexe et de personnages secondaires tout aussi étoffés. L’histoire nous plonge au cœur de la société indienne et de son évolution, des années 50 aux années 80, autant dire du Moyen Age aux nouvelles technologies. L’auteur brosse une vision dérangeante de la maternité, plutôt de la conception de celle-ci, à travers les relations de Mîra et de son fils. Mais il est aussi question des rapports femmes/hommes qu’ils soient mari ou père, du désir et de la sexualité. C’est beau et violent, profondément troublant. Un livre qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Un bon point donc.

 

 

 

 

 

Le sari rose

Le sari rose de Javier Moro (Points)

J’ai poursuivi sur ma lancée indienne. Le sari rose est ce que l’on pourrait appeler une biographie non autorisée de Sonia Gandhi, épouse et veuve de Rajiv, petit-fils de Nehru et fils d’Indira. Autant dire que 60 ans d’histoire indienne défilent sous nos yeux. L’histoire de Sonia Gandhi est sinon incroyable, au moins relativement folle : étudiante à Cambridge, elle tombe amoureuse de Rajiv. Elle, la petite-fille de paysans italiens, devient la belle-fille d’une des femmes les plus puissantes du monde et est aujourd’hui à la tête du Parti du Congrès, le parti historique de Gandhi et Nehru. On a vu des histoires plus banales… Lady Di à côté, pardonnez-moi, mais c’est un cupcake ! L’Histoire tout d’abord : l’Inde, ses religions, ses millions d’habitants, ses dirigeants hautement charismatiques, son développement incroyable. La saga des Gandhi, ensuite, tout aussi démesurée. Un véritable opéra avec des batailles, des cris, des héros et des morts. Du sang et des larmes. Et puis Sonia.
Sous des airs de jeune fille sage et bien élevée, Sonia est une femme amoureuse, certes, mais aussi intelligente : oui, belle-fille d’Indira et femme de Rajiv, elle prépare des petits plats, compose des bouquets de fleurs et élève ses deux enfants. Mais, surtout, elle écoute, observe, apprends. Et enregistre. Regardez où elle en est aujourd’hui et vous comprendrez. Personnellement, j’ai passé de belles heures en sa compagnie.

 

Tokyo année 0

Tokyo Année Zéro de David Peace (Rivages Noir)

Je ne suis pas objective avec David Peace, je vous le dis. C’est MON auteur « noir » préféré. Peace, c’est de l’espresso ristretto. Ni doux, ni sucré. C’est noir, fort, amer. Hypnotique aussi. Pour ceux qui connaissent ces monuments que sont 1974, 1977, 1980  et 1983, Tokyo Année Zéro s’inscrit dans cette même veine même si Peace quitte l’Angleterre pour le Japon de l’après-guerre. Le titre fait écho à l’Allemagne Année Zéro de Rossellini. Et c’est la même désolation : destruction, famine, maladies, corruption. Les bombes sont tombées, les humains sont des loques. Les souvenirs atroces hantent les vivants. Mais un tueur en série rôde. Et l’inspecteur Minami, ange destructeur et détruit, enquête. C’est un long poème en prose que nous offre Peace ; nous, lecteurs, dans la tête et le corps de Minami, au cœur de la souffrance et du cauchemar. Tuant.

 

 

 

Nietzsche a pleuré

Et Nietzsche a pleuré d’Irvin Yalom (LDP)

Parce que j’aime bien La griffe noire, célèbre librairie sise à St Maur, près de Paris, et que je leur dois de belles découvertes, j’ai lu Et Nietzsche a pleuré. Bon, cela arrive que l’on ne soit pas d’accord, c’est même plutôt sympa car cela permet les échanges et le débat. Et que l’on peut parfois changer d’avis et voir les choses autrement. Mais là, j’avoue… Sur le papier, Venise et Vienne au XIXème siècle, la psychanalyse, Freud débutant, le célèbre philosophe et Lou Andreas Salomé, tout cela était excitant. Il paraît que c’est drôle. Ah, ah, ah. Devais pas être d’humeur joyeuse. Bref, ce livre m’a ennuyé. Rien de grave.