Murmures

Il paraît que le premier roman de Carole Martinez, Le cœur cousu, est très bien. Je ne sais pas, ne l’ayant pas lu. A cette époque, le succès du roman m’avait agacée (l’effet Elégance du hérisson, autre roman porté aux nues par la critique et le public et que franchement… bon, bref), j’avais préféré me tourner vers d’autres lectures. Et puis, je n’aime toujours pas ce titre.
Mais c’est pleinement confiante que j’ai abordé le second : j’en avais très envie et j’aime le titre. Tout va bien donc. Et bien, oui, tout va bien car ce roman, je l’ai beaucoup aimé. Le sujet déjà est au-delà des modes puisqu’il nous plonge en plein Moyen Age et en restitue tout le bruit et la fureur par la voix d’une jeune fille qui décide de se soustraire au monde. Elle est un fantôme qui nous raconte son histoire à travers les siècles et, mystérieusement, magie du talent de l’auteur, je ne sais, les correspondances avec notre époque sont troublantes. Par Esclarmonde, l’héroïne, jeune fille dont le destin nous interroge sur le « devenir femme » et qui trouve un écho dans Clèves de Marie Darrieussecq, paru également en cette rentrée littéraire.
Violence, chair et sang, barbarie mais aussi foi, croyances et légendes composent une symphonie sidérante qui nous secoue puis nous rattrape en quelques mesures apaisées. Les personnages existent magnifiquement : ils sont nos semblables, ni purs, ni impurs mais fragiles comme prêts à se rompre et devenir des fantômes d’eux-mêmes. Les pages consacrées aux Croisades sont parmi les plus belles que j’ai lues récemment. Carole Martinez glisse de la magie et de la grâce dans la pire des noirceurs. Ces Murmures-là nous suivent longtemps…