Clèves

Parfois les 4èmes de couv. sont nulles. Soit elles en disent trop, soit on se demande qui les a rédigées et s’il/elle a réellement lu le livre. Pour celui-ci, deux lignes. Solange se demande s’il vaut mieux le faire avec celui-ci ou avec celui-là. Et c’est très bien. Oh, la, la, j’en vois déjà qui soupire, ricane, refuse d’emblée. Ce serait dommage car si cette simple phrase en dit beaucoup sur la teneur du roman, elle n’en est qu’un écho. Il faut se plonger dans le quotidien de cette adolescente que Marie Darrieussecq décrit de manière très crue et très puissante. Réelle oui mais qu’importe, il s’agit de la réalité du roman pas de la vie. Peut-être que Clèves est l’histoire d’une princesse moderne et pas le nom d’un village français… « Ce qui restera au bout du bout, c’est les cafards. Leur carapace est un abri antiatomique. Ils peuvent survivre sans eau et sans manger. La planète sera peuplée de cafards qui ramperont dans un désert. Et tu sais quoi ? Ca ne changera pas grand-chose ». On le sait depuis Truismes, l’écriture de Darrieussecq est organique. Elle épouse littéralement les questionnements adolescents dont il est ici question : le corps, ses changements, ses fluides, la sexualité dans ce qu’elle a de plus brute puisque ce sont les débuts. Elle instaure d’emblée le malaise par la figure d’un voisin très présent, beaucoup trop on le verra. Mais sans porter de jugement et c’est sa force car au lieu de condamner bêtement, elle nous fait réfléchir sur un sujet (ô combien !) sensible et, de fait, se place loin, très loin du fait divers. Un roman fort et perturbant, remarquablement écrit. Quoi d’autre ?