Ce livre est l’exemple parfait d’un roman réussi. Romanesque, l’histoire l’est, éminemment. Mais attention, c’est une partition écrite avec beaucoup de talent par un écrivain espagnol, Susana Fortes, déjà auteur de huit romans. Nous ne sommes pas dans ce romanesque de bas étage qui a produit un nombre incalculable de livres-kleenex au détriment de milliers d’arbres !
En attendant Robert Capa, c’est le diamant brut du romanesque. Un peu ce que Sur la route de Madison ou La leçon de piano sont au cinéma dans un genre équivalent. Voyez où je veux en venir ? Susana Fortes s’est emparée d’une histoire vraie : celle de Robert Capa et de Gerda Taro, tous deux photographes de guerre. Nous suivons leurs traces, tout d’abord dans le Paris des années 30. Celui des cafés tels que la Capoulade, boulevard Saint-Germain, où se retrouvent des militants de gauche de toute l’Europe. Tous ont fui le fascisme émergeant de leur pays comme Gerda, l’Allemagne, son pays d’adoption. Tous débattent passionnément des nuits entières, dans la fumée des cigarettes et les vapeurs d’alcool. Que faire ? Comment résister ? Quels partis suivre ? La guerre d’Espagne va faire exploser ces groupes. C’est dans cette atmosphère trouble d’une richesse intellectuelle infinie mais également dangereuse parfois et pleine d’espérance que se rencontrent André Friedmann (futur Robert Capa), David Seymour dit Chim et Gerta Pohorylle (future Gerda Taro). Leur destinée va les conduire en plein cœur de la guerre d’Espagne où Gerda perdra la vie et Capa, son grand amour.
Tout est vrai. Minutieusement documenté sans être pesant. On arpente le pavé parisien pour se retrouver quelques chapitres plus loin dans les sanglants combats de Valence ou Guernica. Tout est juste. Le livre de Susana Fortes est un beau livre mélancolique d’où sourd, tout au long du récit, une tristesse infinie. Ces personnages ont réellement existé. Elle s’est glissée dans leur peau avec une grande humilité et beaucoup (allez, je me lance…) d’amour pour eux. Elle rend ainsi honneur à deux personnalités hors du commun particulièrement Gerda Taro que l’on découvre dans toute sa complexité de jeune femme juive en des temps meurtriers, avide de s’accomplir en tant que photographe et « manager » particulièrement douée de Capa. Mais le plus grand talent de l’auteur est de ne pas tremper sa plume dans l’eau de rose. Excellente dans les pâtisseries orientales, insupportable quand il s’agit de raconter des histoires. Sa langue est maîtrisée, presque métallique, avec, ça et là, quelques touches de poésie. Une belle réussite.
Précipitez-vous car Hollywood s’est emparé de l’histoire et on l’annonce mise en scène par Michael Mann. Excellent cinéaste au demeurant mais je le sens moyen dans les scènes intimistes. Découvrez-donc ce livre comme il se doit, par l’écriture…
« La patrie n’existe pas, c’est une invention. Ce qui existe, c’est ce lieu où, un jour, nous avons été heureux. »

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